Il m'a été fréquemment reproché de ne pas être "si anar que ça" lors de discussions concernant la gratuité totale du libre. Anarchiste ne signifie pourtant aucunement incohérent ! L'amalgame idéologique est en effet vite établi entre libre et gauchisme. De là à faire un parallèle avec les visées du capitalisme et la notion de "don" véhiculée par la philosophie du libre, faussement assujetti d'un "sans profit" par nombre d'auteurs, il n'y avait qu'un clic...
Et pour cause, dans sa définition première le capitalisme se veut seul outil de prospérité: Il contrôle la matière et l'énergie par le détournement et l'amas de production, l'exploitation du marché il est le vecteur de la circulation des richesses... à sens unique ! en réinjectant sans cesse son produit dans la course aux résultats. Si l'on veut bien examiner ce que peuvent être ces richesses, la production intellectuelle et la livraison d'outils logiciels prend une part de plus en plus importante dans la circulation des dites richesses.
Il ne va pas falloir penser le monde et son avenir sans compter sur des technologies qui ne peuvent que devenir LE moyen de communication et de compréhension entre les hommes, inter-ethnies, international, intercontinental, interplanétaire (clin d'œil à Mr. Cerf), pas le seul fort heureusement, mais le plus aisé et le plus rapide. Tout logiciel n'est pas destiné à parcourir la toile, mais la toile ne peut exister sans, ni sans son support matériel, et il est question ici du libre donc de tout le libre.
A partir de là l'essence même de cette communauté composée si hétéroclitement d'associations, d'indépendants en tout genre, de quelques figures fortes en gueule ;) de rédacteurs prolixes et de fans répandant avec ferveur sur moults forums leur signature "vive Nux, vive Mozilla!" :), l'essence donc du libre a bien du mal à faire reconnaître non pas sa légitimité nullement contestée mais ses objectifs.
Je vais m'attarder sur un point seulement: Les revendications de penseurs gauchistes portent souvent sur la finalité et les objectifs du libre, c'est vrai, bien des attentes de propagation libre et gratuite de la connaissance, de réalisations logicielles et progicielles sont restées sans réel retour, étaient-elles justifiées ?
Le développeur qui fournit son source, fait don de son travail, souhaite pour le moins que son "œuvre" ne soit modifiée que sous certaines conditions, que sa paternité soit établie et ainsi permet à d'autres de prospérer; le distributeur, l'intégrateur etc... aurait-il tort de demander la première des reconnaissances d'un droit humain qui il me semble est l'un des fondements du gauchisme: Considérer que tout travail mérite salaire et que ne pas observer ce commandement (oui j'ai dit commandement :) ) en revient à exploiter le "travailleur".
C'est ici soulever toute l'ambiguïté et la contradiction d'esprits gauchisants hors des réalités économiques et des nécessités vitales humaines. Je ne crois pas que notre dévoué développeur se fasse griller ses brouillons de code le soir au dîner. Un pareil sort est fait aux ingénieux concepteurs et maîtres d'œuvre en matière de technologies dites alternatives de production d'énergies, à en croire certains, le mécanicien qui monte sur votre voiture un moteur Bingo Fuel devrait se contenter de croquer ses boulons pour tout menu, sous prétexte que son action est anticapitaliste parce que généreuse et bienfaitrice dans l'absolu.
Il ne me semble pas contradictoire que rendre disponible et gratuite l'information et la connaissance via le libre (et vice versa) , soit en contradiction avec la rémunération de leurs auteurs lors qu'il s'agit d'en exploiter commercialement ou industriellement les produits...
J'ai volontairement réduit mon approche à ce sujet, car il fait partie des oppositions extrêmes entre ce capitalisme ambiant si destructeur que nous connaissons et l'esprit même du libre qui se voudrait vecteur de partage... mais pas à n'importe quel prix ! Pas celui de l'exploitation totale !
La réflexion devient politique si l'on s'attache à ce terme dans une partie de sa définition: Ensemble des pratiques, faits, institutions et déterminations d'une société.
Aussi gauchisme, anarchisme, libre seraient-ils en compétition ? En contradiction ? Pas suivant le bon sens.
Et si le capitalisme trouve tout à fait son grain à moudre dans cette sphère immatérielle dans laquelle se meut le monde du libre, immatériel complètement palpable au final en monnaie sonnantes et trébuchantes, le libre lui n'a pas pour objectif de devenir un rival à abattre tant idéologiquement qu'économiquement par les mentors financiers, bien au contraire, il se fond dans notre mode de vie, prend sa place et ne peut que souhaiter une réelle reconnaissance de son apport dans notre société. La gauche devrait trouver dans cet esprit particulier un modèle de libre pensée, de libre mouvement.
Fraternellement,
Malicia
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