Le rapport des jeunes à la politique me semble très complexe. Ils ont en général une vision négative et ne sont pas intéressés, pourtant cela ne les empêche pas d’avoir des opinions. D’autres se sentent plus impliqués.
On ne peut pas parler de politique à l’échelle mondiale sans évoquer la suprématie des Etats-Unis. Cette domination persistante et écrasante engendre un sentiment d’antipathie. Certains s’avanceraient en décrivant la jeunesse comme rebelle ce qui expliquerait l’opposition à toutes formes de puissance. Il est vrai que nous sommes plus «rebelles» que nos seniors mais c’est simplement parce que nous avons une plus grande confiance en l’Avenir, un Avenir que nous souhaitons meilleur et c’est ce fait de ne pas être résigné qui nous distinguent des autres classes d’âge. Il faut donc dépasser le simple argument de la rébellion pour expliquer notre sentiment envers les USA, le problème est bien leur politique étrangère, qui depuis un certain 11 septembre est devenu une identité. Ils s’imposent à l’échelle mondiale en pensant qu’il vaut mieux prévenir que guérir d’où leur doctrine de la guerre préventive. Ainsi leur action contre l’Irak, non soutenue par les Nations Unis, qui a abouti à la chute du régime du dictateur Saddam Hussein n’a pas réussi à convaincre le monde du bienfait de la guerre préventive, voire le contraire. Cela est compréhensible lorsqu’on voit un Irak dévasté plongé dans l’insécurité. Espérons que la reconstruction se fera dans une vraie démocratie. Cette «prévention» fait apparaître un nouveau risque; celui que d’autres pays se servent de cette idée pour attaquer leurs voisins. Je pense notamment au cas de la Chine et de Taiwan.
On comprendra alors pourquoi la guerre préventive contribue à nous apporter une image négative des USA. On peut également souligner que ce sentiment n’est pas partagé seulement par les jeunes. Malheureusement ce sentiment anti-Bush se transforme parfois en anti-américanisme.
Retraversons l’Océan Atlantique pour revenir à l’U E. Les jeunes sont en majorité proeuropéens, mais leurs visions de l’Europe divergent. Une petite partie refuse l’Europe politique et ne veulent qu’une Europe économique tandis que l’autre partie, peut-être utopiste, dont je fais parti, s’imagine une Europe politique et économique, et non politiquement économique. Dans ce groupe encore la forme de l’Europe politique divise. J’attends de l’Europe qu’elle soit juste et forte. Cela passe par un véritable équilibre économique interne, envisager une armée européenne qui pourrait être une alternative à la puissance militaire américaine. Sur le plan représentatif, il faut donner à l’Europe une tête par l’élection d’un président et envisager quand les européens seront plus mûrs des ministères dans divers domaines. Les jeunes n’ont pas connu la période de l’après-guerre pendant laquelle l’Europe était déchirée, ils ne connaissent qu’une Europe Unie c’est pourquoi ils peuvent plus facilement envisager l’Europe de demain sans oublier bien entendu le passé douloureux. Les jeunes auront la lourde tache de mener positivement la France dans celle-ci.
Ils ne doivent pas se contenter d’être des «pions» de la politique française mais bien des acteurs. Le poids électoral de notre génération est loin d’être négligeable: nous représentons en effet 4,5 millions de voix. D’après une étude 76% des jeunes déclarent être inscrits sur les listes électorales et parmi les 24% restants, 8% ne veulent pas s’y inscrire. Depuis peu ce problème ne se pose plus puisque l’inscription se fait automatiquement avec la base de données du recensement et de la Journée d’Appel de Préparation à la Défense (JAPD). Ces 8% deviendront donc malheureusement des abstentionnistes. On peut remarquer une abstention en hausse chez les jeunes depuis 1995, une hausse plus rapide que pour l’ensemble des électeurs. La question centrale reste la portée du vote et ses effets. Je vais m’appuyer sur les chiffres d’une étude réalisée pour Le Monde et Le Point. Trois jeunes sur cinq pensent que le vote peut faire changer les choses contre deux qui pensent qu’il ne change rien. Mais qu’est-ce que changer les choses? Changer la couleur politique du pays ou modifier fondamentalement la société? Il parait évident que pour la grande majorité ils font allusion à la première proposition. J’espère que pour eux «changer» n’est pas synonyme de faire tourner le pouvoir à chaque élection et de devenir par le fait de véritables girouettes. Que nos dirigeants soient de droite ou de gauche, il faut les laisser un peu travailler avant de vouloir juger trop rapidement. L’alternance systématique n’est pas forcément une bonne solution. Les hommes politiques manquent parfois de convictions pour défendre leurs projets ce qui entraîne souvent un désintérêt de la part des français.
L’engagement des jeunes est plus social et moral que politique et économique. Les thèmes qui intéressent le plus sont le racisme, la dénonciation de la guerre ou encore ce qui semble logique défendre les intérêt des jeunes, lutter contre les inégalités sociales, le SIDA et les catastrophes écologiques. Ces thèmes sont en relation directe avec leur vie quotidienne. Ils s’intéressent tout simplement à ce qui les touchent physiquement et moralement.

Espoir !
L’Avenir de la France, de l’Europe et du monde est entre les mains de la jeunesse d’aujourd’hui et de demain. Rien ne sert de chercher à les dégoutter de la politique car ils ont des idées à exprimer, ils paraissent un peu désintéressés mais cela ne les empêchera pas plus tard de contribuer, j’espère, à la construction d’un monde meilleur.
Ayons confiance.
Jévialos
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