Impact du 11 septembre

Impact du 11 septembre sur les relations internationales

Le 11 septembre 2001 ce n'est pas seulement 2 grattes-ciel, et ce qui a été perdu ce n'est pas seulement 2800 personnes. Ce jour là les Etats-Unis ont été profondément meurtris dans leur essence. Touchés sur leur sol pour la première fois dans leur histoire, c'est un symbole de «la grandeur américaine» qui s'est effondrée.

Cependant la question n'est pas de savoir comment cela a pu être possible, à qui incombe la responsabilité de cette tragédie, ou si cela aurait pu être évité ; ce qu'il faut se demander c'est quelles conséquences cet événement a induit, tant au niveau mondial que régional. S'interroger sur le pourquoi de la réalité d'un fait aide peut-être à éviter qu'il ne se reproduise, mais en aucune façon cela permet de comprendre son effet réel sur une ou des sociétés.

Restituons brièvement le contexte international actuel : les Etats-Unis sont toujours la seule super-puissance du globe, leur politique étrangère est toujours on ne peut plus dépourvue de légitimité. Depuis 5 ans ils ont attaqué l'Afghanistan et renversé le régime taliban ; ils ont attaqué l'Irak et renversé le régime de Saddam Hussein ; les récents essais nucléaires de la Corée du Nord les soumettent à une grande pression au niveau international (s'ils attaquent ils prennent le risque de créer un nouvel Irak, à ceci prêt que la Corée est préparée à un conflit armée, et s'ils ne font rien d'autres pays vont revendiquer le droit à accéder à la technologie nucléaire) ; l'Iran continue à clamer son intention de développer sa propre bombe. D'un autre côté la main-mise nord-américaine sur la plupart des institutions supranationales est toujours une réalité : le Fond Monétaire International (FMI) impose comme condition à ses aides financières une libéralisation des marchés intérieurs des pays en développement, l'Organisation des Nations Unies (ONU), quand elle ne suit pas la ligne nord-américaine, perd quasiment toute son efficacité, l'Union Européenne (UE) a toujours autant de mal à parler d'une seule voie, ce qui est un euphémisme, et quant aux pays dont le rôle international ne demande qu'à s'affirmer ils sont confinés dans leur statut de nain politique.

Il n'est pas nécessaire de rentrer plus avant dans les détails car là n'est pas l'objet du présent texte ; quel est-il en ce cas ? Le propos est tout d'abord de tenter de relater objectivement l'impact des attentats du 11 septembre 2001 sur les relations internationales, en évitant les faits d'actualité pour se concentrer sur les effets de redéfinition des notions qu'ils ont eu. Ensuite il s'agira de voir quelles interprétations l'on peut faire de ces évolutions ; s'agit-il de phénomènes prévisibles ? De conséquences logiques ? Sont-ils en rupture avec le passé ? Que peut-on envisager pour l'avenir ?

- I - L'attentat du World Trade Center a eu pour corollaire différents effets : une perte de crédibilité des Etats-Unis à tous les niveaux ainsi qu'une redéfinition de certaines notions de diplomatie internationale.

«A quelque chose malheur est bon» ; cela peut paraître étrange de citer ce proverbe quand on parle du 11 septembre 2001, mais en réalité il apparaît très vite à quel point il est approprié. Le tout est bien entendu de définir ce que l'on entend par «bon»... Il s'agit donc de réecrire ce dicton de la façon suivante : «a quelque chose malheur est bon pour les Etats-Unis» ! Car d'un point de vue historique que permettent les conflits ? La réponse est simple : de définir des camps.

- A) De la compassion au double-extrèmisme, les attentats du 11 septembre 2001 ont généré une suite de processus, faisant passer les Etats-Unis de victimes à coupables.

Il est devenu commun de se plaindre du manque d'objectivité, d'indépendance ou de pertinence des médias actuels. Pourtant il est nécessaire de mettre en évidence certains bastions de reflexion alternative, comme le Canard Enchainé ou encore les Guignols de l'Info. Quel rapport avec le 11 septembre et la situation politique internationale actuelle ? Il se trouve simplement que certaines des meilleures analyses, ou en tout cas certaines des plus riches en enseignements, peuvent se déduire de certaines de leurs contributions. J'aimerai m'attarder sur deux d'entre-elles.

* * *

La première est issue des Guignols de l'Info, émission satyrique de Canal+

Elle met en présence deux intervenants, le journaliste Patrick Poivre-d'Arvor et Oussama Ben Laden, ce dernier présentant une thèse pour le moins surprenante (surtout au lendemain des attentats !) : la destruction du World Trade Center a été une bonne chose. Le sketch étant assez long seuls quelques passages vont être énoncés.

«Je crois que je vous ai fait du bien. [...] Vous les occidentaux vous n'avez jamais été aussi unis que depuis 3 semaines, et ça c'est grâce à moi ! Pour votre économie vous êtes tous solidaires. [...] Tu n'es pas obligé d'augmenter tes ouvriers ; maintenant ils travaillent avec le coeur, pour l'amour de la patrie. [...] Et en plus vous avez trouvé un ennemi commun : moi ! Que t'en avais plus depuis les communistes que t'étais bien embêter pour justifier le budget de l'armée! Dans les rues de tes villes tu peux mettre la police partout, les gens ils disent rien, tu fais baisser la délinquance, et tu vas controler tous les gouvernements du monde pendant 30 ans. Alors on dit merci qui ? [et de PPDA de conclure :] Merci Ben Laden ! »

En seulement 5 minutes de sketch de nombreux points essentiels des conséquences des attentats du 11 septembre sont passés en revue. Tout d'abord le monde entier, touché par un phénomène d'empathie qui ne lui ressemble guère, compatis à la douleur de la super-puissance blessée. Tout le monde propose des fonds, des projets de reconstruction, et surtout un soutien total en cas d'intervention armée. De plus cela a induit un renouveau du sentiment national : les américains se sentent unis, soudés dans l'épreuve, et même investis du devoir divin de punir les coupables ; nous allons revenir là-dessus sous peu. Enfin, le dernier point et l'un des plus significatifs, la légitimité du budget de la Défense. Depuis 2001 les Etats-Unis n'ont eu de cesse d'augmenter les crédits militaires ; de plus ils ont également relancé la course aux armements et par là un boom des industries militaires. Tout cela pourquoi ? «Contrôler tous les gouvernements du monde pendant 30 ans» ; ainsi, dès le lendemain des attentats, on pouvait déjà se douter de tout ce qui a suivi : ingérence, conflits illégaux, escalade de la violence, souffrances et mort.

* * *

« Allah : 1 ; Jesus : 0 »

Extraite du Canard Enchainé, cette citation humoristique, si elle ne rayonne pas par sa pertinence et le bon goût de son style, permet cependant d'aborder un aspect important de la lutte entre les Etats-Unis et ce qu'ils nomment «terrorisme». En effet si l'on parle souvent d'extremisme islamiste on parle très peu d'extremisme chrétien... Que dire alors de ce Président des Etats-Unis, triomphalement réélu à la tête de la première puissance mondiale, qui se rit des conventions, des engagements, des organisations internationales, de tout en fait, sauf de ce qu'il appelle le «Bien» et qu'il tient de Dieu lui-même ?

Il est donc possible de dire que, instrumentalisant la compassion suscitée par la souffrance des attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis n'ont cessé d'abuser de leur position hégémonique, transformant par là sympathie en antipathie. Conséquemment à ce processus le monde a assisté à la montée d'un double-extremisme, un extremisme à deux faces, combinant anti-américanisme à l'extérieur et nationalisme à l'intérieur.

- B) Comment ces 5 dernières années ont bouleversé jusqu'au vocabulaire des relations internationales contemporaines.

Cette modification de la donne internationale a necessité le développement d'un nouveau vocabulaire, ou plutôt à un détournement du précédent. Un florilège de nouvelles expressions est apparu : «axe du mal», «pays ami», «mission divine»... etc..

«11 Septembre 2001 : ce jour là le monde a découvert le Mal» ; tel est le slogan de lancement du film World Trade Center, avec Nicolas Cage, présentant d'héroïques pompiers américains se battant pour la survie de leur compatriotes prisonniers des flammes et des décombres de ce qui est maintenant appelé «Ground Zero». L'instrumentalisation des évenements par le politique (à travers les médias) est telle que désormais le Mal a un nom, un visage, on le reconnaît, on fait des films sur lui. Le Mal n'est plus cette notion vague et manichéenne d'un acte, c'est une organisation, Al-Qaida, c'est un homme, Ben Laden ; il y a même des pays faisant partie d'un «axe du Mal», qu'il faut neutraliser. Tout ceci occulte la dimension profondément triste de la réalité de la situation internationale actuelle. Le terrorisme n'est pas un acte du Diable, pas plus que détruire Al-Qaida ne rend hommage à Dieu ; ce n'est que l'expression différente d'une souffrance bien souvent si vive et durant depuis si longtemps que le refuge dans un extremisme religieux devient le dernier rempart face au desespoir.

En face il y a bien evidemment le «Bien», à savoir les Etats-Unis et la ligne que défend Georges W. Bush, qui est en tout point semblable à un illuminé à ceci près qu'il dirige la première puissance mondiale et son inégalable arsenal militaire. Le «Bien» c'est la sécurité des Etats-Unis, leur rayonnement, leur prospérité. Plus encore le «Bien» s'incarne dans la «mission divine» «assignée» aux Etats-Unis, défenseurs du monde libre.

Quel impact a eu le 11 Septembre 2001 sur les relations internationales contemporaines ? Il a tout simplement détruit le peu d'objectivité qui restait dans la donne internationale. Désormais chacun brandit ses convictions, ses concepts, sa religion en tant que seul étalon de valeur digne de ce nom. Le 11 Septembre 2001 a ouvert l'ère de la subjectivité des relations internationales. Il est dès lors totalement illusoire de prétendre pouvoir rapporter objectivement les conséquences de quelque fait que ce soit, tant la totalité des concepts est intrumentalisée pour servir la fin du camp qui l'a crée.

- II - Le changement de caractéristique des rapports de force actuels pose la question de l'origine et de la nature des conflits actuels.

«C'est la loi du plus fort» ; cette phrase permet de justifier l'inaction du faible face au fort, et on pense bien souvent qu'avoir la première armée du monde et être la première puissance nucléaire, économique et financière doit induire un relatif sentiment de sécurité, ne serait-ce que grâce l'effet dissuasif inhérent à ces positions.

- A) Le 11 Septembre 2001 est le fils matricide de la guerre froide.

Cependant quid du 11 Septembre 2001 ? Est-il en rupture avec cette vision des choses ? On pourrait le penser, le faible ayant réussi à toucher le fort en plein coeur ; cependant cette caractéristique des conflits asymétriques, que nous allons développer, s'est-elle imposée avec cet événement ? Non. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et le début de la guerre froide il est possible de dire que les conflits armés entre égaux pouvant conduire à une guerre totale ont eu peu de chances d'arriver. En effet dès 1945, et surtout depuis 1949 et le premier essai nucléaire soviétique, aucun bélligérant en puissance n'aurait eu intérêt à voir une guerre totale s'ouvrir, celle-ci pouvant déboucher sur l'éradication de la vie sur Terre. Le 11 Septembre n'est que l'expression récente de cette réalité. Comme l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) le souligne dans son interview de Barthelemy Courmont, disponible à l'adresse suivante : iris-france.org

«C'est le reflet d'une tendance beaucoup plus lourde. On est désormais dans une logique où le faible essaie de se mettre au niveau du grand. C'est ce que l'on a vu pendant la guerre froide où les soviétiques courraient derrière les Etats-Unis. Ils ont atteint à certains moments une symétrie totale, mais à aucun moment ils n'ont eu une capacité supérieure. C'était le principe de la course aux armements. Ca ne sert à rien. En ciblant des attaques, type 11 septembre, ou récemment l'attentat en Tchétchénie, l'impact de leurs coups est tout aussi fort. Si les USA avaient envoyés 100 000 soldats de plus en Irak, ca n'aurait rien changé, ils auraient eu un Américain décapité.»

Ainsi il importe peu que les «nouveaux adversaires» ne disposent pas de l'arme nucléaire : les puissances occidentales ne s'en serviront pas ! C'est l'expression même de la notion de «conflit asymétrique»...

- B) Dans les relations internationales contemporaines le fort luttant contre le faible n'est pas assuré de l'emporter, aussi hégémonique soit-il.

«Depuis la seconde guerre mondiale, et plus encore depuis les guerres de décolonisations, on constate qu'il y a une asymétrie entre les belligérants. On a d'un côté des démocraties occidentales qui disposent de capacités énormes et qui ne veulent pas, à ce titre, s'engager dans un conflit mondial. Prenons l'exemple du Vietnam. Il y a eu 54 000 morts. C'est beaucoup, et en même temps ce n'est pas signifiant par rapport à ce que pouvaient faire les Etats-Unis comme dégâts. On peut faire le même constat pour l'Irak aujourd'hui.

De l'autre côté, on a les nouveaux adversaires des grandes puissances, qui ne sont plus des grandes puissances. On a donc un fort, qui ne s'engage que de façon modeste, et un faible qui, par contre, pratique la guerre totale. Pour reprendre l'exemple du Vietnam, les vietnamiens, eux, étaient dans une logique de guerre totale. Et aujourd'hui le traumatisme est infiniment plus important de leur côté. Donc, d'un côté on a un adversaire qui fait la guerre pour sa propre survie et de l'autre pour faire avancer ses idées ou son modèle.»

Il faut mettre en opposition les grandes puissances industrielles et nucléaires, dont les moyens aussi bien financiers, humains, économiques, militaires et technologiques sont extrèmement importants, et les «nouveaux adversaires», aux moyens on ne peut plus limités.

En ce cas comment expliquer la présence de conflits ? Il faut nuancer l'exposé précédent par la notion de capacité d'engagement. Oui les «forts» disposent de grosses ressources mais ils ne sont pas prêts à les utiliser. Les «faibles» en revanche sont tout à fait disposés à se lancer dans une guerre totale et à user de tous les moyens nécessaires pour se faire entendre.

Le 11 Septembre 2001 le Président Georges W. Bush déclarat la guerre ; à qui ? Il ne le savait pas encore, mais il apparaissait certain alors que le monde allait entrer dans une ère de nouveaux conflits. L'avenir a prouvé la véracité de cette certitude. Cependant, s'il est manifeste que l'impact de cet événement a été extrème, il est nécessaire de nuancer notre analyse en distinguant deux dimensions.

D'une certaine façon les attentats du 11 Septembre 2001 sont dans la droite ligne de la guerre froide. Cette attaque d'une organisation aux faibles moyens, insignifiants même comparés à ceux dont disposent les Etats-Unis, n'a pas inauguré une nouvelle manière de combattre car les conflits asymétriques sont une réalité depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Cependant il apparaît également que ces attentats sont une rupture dans les relations internationales contemporaines, car créant de nouvelles légitimités et plaçant la subjectivité au coeur du système diplomatique international.

Ce qu'il faut se demander maintenant c'est si la route que le monde a emprunté ce jour là va conduire à une guerre nucléaire qui détruira toute vie, ou une hégémonie sans cesse plus présente, menant à une américanisation et une occidentalisation du monde. Vers une fin du monde ou une fin de l'Histoire ?


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Lucas Beaudoin


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